Sortie vélo "eau dans la ville" - Mardi 9 juin 2026
Cette déambulation urbaine s'est déroulée sous la conduite de Caroline Merlet (Grenoble Alpes Métropole, responsable des eaux pluviales), de Martin Bé (Plan Canopé, Grenoble Alpes Métropole) et de Marie Casanelles (ALEC).
Elle nous a permis de porter un regard renouvelé sur la place de l’eau et de la végétation en ville.
D’arrêt en arrêt, une idée s’est progressivement imposée : et si l’eau de pluie n’était plus considérée comme un problème à évacuer, mais comme une ressource indispensable pour rafraîchir, végétaliser et adapter la ville aux défis climatiques ?
Récit de la sortie par Isabelle, membre du C2D :
Arrêt 1 – Rue d’Arsonval : de l’eau à évacuer à l’eau ressource
La visite débute rue d’Arsonval, où l’histoire des réseaux d’assainissement grenoblois éclaire l’évolution de notre rapport à l’eau. Pendant plusieurs siècles, les eaux usées et les eaux de pluie ont été collectées ensemble dans un même réseau dit « unitaire ». À partir de l’après-guerre, de nombreux quartiers ont été équipés de réseaux séparatifs, distinguant eaux pluviales et eaux usées.
Jugés coûteux et énergivores, les réseaux séparatifs ne constituent plus la solution privilégiée. Désormais, la stratégie consiste à « déconnecter » les eaux pluviales des réseaux afin de les infiltrer directement dans le sol. Cette gestion dite « à la source » devient la norme. Sous nos pieds, la nappe phréatique n’est qu’à deux mètres de profondeur et communique avec le Drac et l’Isère. L’eau infiltrée rejoint ainsi naturellement le cycle local de l’eau tout en alimentant la végétation. Les aménagements observés illustrent concrètement cette philosophie : les pentes de la voirie conduisent les eaux de pluie vers les espaces plantés et même les descentes de gouttières sont redirigées vers les massifs végétalisés.
L’eau n’est plus évacuée : elle est retenue, infiltrée et mise au service du vivant.
Arrêt 3 – Jardin de Ville : le temps long des arbres
Au Jardin de Ville, le regard se porte vers les majestueux platanes qui accompagnent les Grenoblois depuis plus de deux siècles.
Martin Bé rappelle que le premier geste en matière de végétalisation consiste souvent à préserver les arbres existants. Les grands arbres rendent en effet des services irremplaçables : ils procurent de l’ombre, rafraîchissent l’air grâce à l’évapotranspiration, stockent du carbone et participent au bien-être psychologique des habitants.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Sous un arbre mature, la température peut être de 4 à 8 degrés inférieure à celle des espaces exposés au soleil, tandis que la température ressentie peut diminuer jusqu’à 12 degrés.
Mais planter en ville reste un défi. Sous nos pieds se croisent réseaux d’eau, d’électricité, de gaz ou de télécommunications. Chaque arbre doit trouver sa place parmi ces contraintes techniques tout en disposant d’un volume de sol suffisant pour se développer.
L’intervention de Marie Casanelles, à l’aide d’une caméra thermique, rend immédiatement visibles les effets des différents matériaux urbains. Là où un enrobé sombre atteint près de 70 °C, l’ombre des arbres permet de retrouver des températures nettement plus supportables. Les sols végétalisés apparaissent comme de véritables îlots de fraîcheur au cœur de la ville.
Cette démonstration donne une dimension très concrète à l’adaptation climatique : la question n’est plus seulement de planter des arbres, mais de leur permettre d’accéder à l’eau et à des sols vivants.

Arrêt 2 – Téléphérique : comprendre les limites du système
Face à l’Isère, un discret ouvrage attire l’attention : un déversoir d’orage.
Caroline Merlet nous explique son fonctionnement. Lors de fortes pluies, lorsque le réseau unitaire atteint sa capacité maximale, le surplus est rejeté directement dans la rivière. Ces déversements peuvent contenir des eaux usées et constituent une source importante de pollution.
Cette réalité a largement contribué à l’évolution des politiques publiques en matière de gestion des eaux pluviales.
Car même dans les réseaux séparatifs, les eaux de pluie ruissellent sur les surfaces urbaines et transportent de nombreux polluants avant de rejoindre directement les cours d’eau.
L’infiltration apparaît alors comme une solution particulièrement pertinente :
le sol agit comme un filtre naturel grâce à l’action des micro-organismes qui dégradent une partie des polluants.
La pluie retrouve ainsi sa place dans le cycle naturel plutôt que d’être rapidement évacuée vers les rivières.
Arrêt 4 – Rue Colonel Tanant : imaginer la rue de demain
La visite s’achève rue Colonel Tanant, où un projet récent illustre les nouvelles pratiques d’aménagement.
Ici, près d’un tiers de l’espace public a été végétalisé. Les bordures ont disparu afin de permettre à l’eau de pluie de ruisseler naturellement vers les noues et espaces plantés. Quarante-cinq arbres ont été installés, accompagnés d’une grande diversité d’essences.
L’ambition est claire : préparer dès aujourd’hui la rue des prochaines décennies. Les jeunes arbres, plus aptes à s’adapter à leur environnement, sont protégés durant leurs premières années par des tuteurs et des protections contre les fortes chaleurs. Les résultats sont encourageants puisque près de 90 % des plantations reprennent.
La désimperméabilisation concerne également les équipements publics voisins. La cour d’école a été repensée pour gérer l’eau directement sur place grâce à des rigoles et des dispositifs de récupération des eaux pluviales.
Au fil des échanges, un autre changement de regard apparaît : accepter que l’herbe jaunisse en été, considérer les noues comme des espaces utiles plutôt que comme des défauts d’aménagement, ou encore repenser les revêtements et les stationnements pour les rendre perméables.
Ce que nous retenons de cette visite :
Au-delà des aspects techniques, cette sortie montre combien les enjeux de l’eau et de la végétalisation sont aujourd’hui étroitement liés. Infiltrer l’eau de pluie, préserver des sols vivants, planter des arbres adaptés et redonner une place au végétal participent d’une même transformation : faire évoluer la ville d’un modèle fondé sur l’évacuation rapide de l’eau vers un modèle capable de la retenir, de la valoriser et de s’appuyer sur elle pour renforcer sa résilience.
En somme, passer progressivement d'une ville qui lutte contre l'eau à une ville qui compose avec elle !


