Vers un Réseau Express Rêvé des mobilités de demain ?

 

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Cette page a pour but de rendre compte des réflexions en cours

pour penser un projet de Réseau Express Rêvé, résolument agile, altruiste, alternatif et alpin.

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 Point d'étape #4 - Février 2024

 

Réunis simultanément en visioconférence et au siège de la métropole le jeudi 8 février, le groupe de travail (composé de membres des 4 conseils de développement du grand Grenoble) a avancé sur deux éléments fondamentaux qui aboutiront durant l'année 2024 :

 

1/ La réalisation collective d'un cahier prospectif, destiné à présenter les propositions du groupe de travail en format BD

 

Un débat animé a été ouvert sur le format rêvé de restitution des réflexions présentées dans les points d’étape à découvrir ci-dessous. Il s'agira de réaliser un document tonique, drôle et pédagogique en format BD  comportant un récit fictionnel et des témoignages, dans le cadre d'une série déclinée pour tous les sujets en cours du C2D (Mobilité, Forêt, Citoyenneté et Appartenance métropolitaine).

Ce document, qui traduira les cogitations des membres des quatre conseils de développement de la grande région grenobloise, prendra pour héros les « mobiles du futur », ces aventuriers de différentes générations, professions ou localités amenés à expérimenter un Réseau Express résolument agile, altruiste, alternatif et alpin. Leur parcours en long, en large et en travers de la grande région grenobloise avec toutes sortes de moyens de transport sera l'occasion de relever les mille défis de mobilité sur les horaires, les réservations, les parkings, les bouchons, les passerelles, les montagnes, les bagages ou encore la météo… puisque le récit sera également attentif à leurs déboires face à des systèmes de transports qui côtoient parfois les « A » de l’absurde et de l’aberrant.

=> Rendez-vous le jeudi 7 mars de 17h30 à 19h pour avancer collectivement sur l'écriture du cahier prospectif mobilité

 

2/ Un projets de voyage d'étude (qui aura lieu le samedi 20 avril) au Léman Express afin d'éprouver par l'expérience la multi modalité inter-frontalière

 

Voir l'image en grand

 

L'idée ? Réaliser une expédition ferroviaire décapante en Suisse, avec des membres des 4 conseils de développement, au départ la gare de Grenoble, pour expérimenter le Léman Express et y rencontrer Vincent Kauffman, Sociologue, spécialiste des mobilités et auteur de l’ouvrage Tranches de Vie Mobile

 

Lire en ligne le compte-rendu complet de cette rencontre pleine de perspectives

Rendez-vous le 7 mars à la métropole et en visio pour la suite des échanges !

Et inscription ici pour le voyage d'étude Léman Express du 20 avril !

 

 

 

 

 

Point d'étape #3 - Janvier 2024

 

Le temps interconnecté des mobilités panachées

Pour rappel, les deux premières séances de remue-méninges du groupe RER, qui se sont tenues le 25 septembre et le 19 octobre 2023 (résumées dans le point d’étape #2), ont permis de souligner quatre priorités :

  • des gares d’accueil rayonnantes et au diapason (y compris pour les bus et les points relais) ;
  • une plateforme billettique unique à l’échelle de la grande région ;
  • des dispositifs de solidarité pour les publics fragiles ;
  • une expérimentation collective grandeur nature d’une semaine sans voiture individuelle.

Les séances du 27 novembre et du 7 décembre 2023 du groupe RER portaient sur les « A » de l’alternatif et de l’alpin. Nous avons cherché à traduire les quatre priorités en initiatives concrètes et en nouvelles façons de se déplacer et de se relier les uns aux autres. Au terme d’échanges nourris et éclectiques, on retiendra pour mémoire cinq pistes de travail qui ont fait consensus.

1 // Cristalliser les micro-expérimentations alternatives

La première piste part du constat qu’il existe sur ce territoire un nombre impressionnant de micro-initiatives qui ont été lancées depuis vingt ans en matière de déplacements alternatifs. Que ce soit dans les communes, dans les entreprises ou au cœur du monde associatif, on trouve un foisonnement d’expériences où s’exprime le « génie » territorial du Grand Grenoble. De nombreuses solutions collectives ont déjà été imaginées à petite échelle pour faire face au goulot d’étranglement routier de la cuvette grenobloise. Les formules testées concernent différentes portions de territoire et différents segments de la population. On y a éprouvé l’autopartage, les points de rencontre, les taxis et les bus sur mesure, les vélos en grappe, les points trottinettes, les horaires d’entreprises décalés, les aménagements de télétravail, les regroupements de supporters…

Le « portrait de territoire » présenté en novembre 2022 par Sophie de Paillette a souligné le paradoxe de cette effervescence d’initiatives originales et souvent audacieuses qui caractérise notre métropole mais qui ne débouche que rarement sur un récit d’ensemble et des actions coordonnées. Il y a une panne de cristallisation des énergies, comme si les habitants ne savaient pas « jouer collectif » au-delà du cercle circonscrit de leur quartier, de leur métier et de leurs loisirs… Le défi environnemental du projet RER est l’occasion de bousculer ces périmètres de confort. Il pourrait être une opportunité pour dépasser les limites actuelles et promouvoir une forme de citoyenneté des déplacements alternatifs à travers tout le territoire. C’est aussi une façon de revisiter les symboles attachés aux mobilités de demain : le Réseau Express de demain va bien au-delà de l’image rectiligne des flux ferroviaires de fond de vallée, il dessine une myriade d’archipels interconnectées.

 

2 //  Valoriser les sauts de puces et les rickshaws

La question des interconnexions à inventer nous mène directement à la deuxième piste explorée tout au long des débats. Les exercices de prospective soulignent tous la part croissante des déplacements liés à des trajets courts, des circuits de proximités et des combinatoires de moyens de transport.

 

Si l’on accepte réellement de se projeter dans un monde sans voiture individuelle, deux tendances fortes se détachent. La première concerne la généralisation des déplacements par sauts de puce, au point par point. La seconde tendance concerne le développement potentiel des véhicules au format indien des rickshaws, ces engins sur trois roues qui relient et connectent les individus aux quatre coins du territoire. On ne sait pas encore quelles seront leur forme et leur source d’énergie (l’électricité, les muscles, l’hydrogène…) mais plusieurs indices suggèrent qu’ils pourraient devenir des véhicules indispensables et omniprésents dans notre quotidien. Le projet de RER offre une autre opportunité pour anticiper l'évolution en favorisant les aménagements qui encouragent l'utilisation des rickshaws autour des gares et des points relais du territoire.

 

3 // Anticiper la révolution du fret local des marchandises

La troisième piste concerne le problème du transport des biens. Le temps du « tout camion » sera bientôt révolu mais curieusement, c’est pour l’instant un impensé dans les récits du RER métropolitain post carbone. En transitant majoritairement sur les routes, les marchandises ont un bilan écologique désastreux dans tous les domaines (pollution, bouchons, consommation d’énergie…).

Le projet de RER est la troisième occasion en or pour bouger les lignes sur cette question en proposant des solutions radicalement nouvelles de fret local pour les marchandises. Une utilisation beaucoup plus systématique des trains constitue bien sûr la première étape de cette révolution. On envisage également différentes formules à tester avec les bus, les trams, les vélos cargos, les rickshaws… Quelques exemples locaux ont été évoqués qui montrent que des applications sont envisageables rapidement, comme l’utilisation du train pour transporter les médicaments entre les CHU de Grenoble et Voiron, la mobilisation des trams la nuit sur des produits spécifiques, la desserte postale par les bus, les camionnettes électriques sur les chaines alimentaires de proximité, les collectes intercommunales… Dans les imaginaires, le RER est associé au transport des individus mais des expériences menées à l’étranger montrent que des marges de manœuvre considérables existent pour promouvoir un « transport en commun » spécifiquement organisé sur les biens et les marchandises dans les grands territoires métropolitains. En s’engageant dès maintenant sur cette voie, la région grenobloise conforterait sa réputation de laboratoire des villes du futur.

 
4 // Consolider les attachements au territoire

 La quatrième piste de travail concerne enfin la place des montagnes dans une équation ferroviaire uniquement tracée dans les fonds de vallée. L’identité de notre région se nourrit des attachements aux reliefs et aux paysages. Deux points d’alerte méritent ici attention.

Le premier concerne la singularité d’un territoire composé certes de sa plaine en Y mais aussi riche de ses coteaux, de ses plateaux, de ses vallons, de ses massifs et de ses sommets. Les lieux de vie des Isérois épousent une multitude de géographies qui dessinent un modèle métropolitain éclaté et éparpillé, tant horizontalement que verticalement (nous sommes « la plus haute métropole de France » avec un point culminant du territoire à 2082m…). Le modèle des sauts de puces et des rickshaws doit permettre de prendre la mesure des problèmes rencontrés pour les territoires difficiles d’accès et éloignés. Les débats montrent sur ce point que toutes les solutions méritent discussion, sans exclusive, même lorsqu’elles suscitent de vives controverses (on pense ici au transport par câble) ou lorsqu’elles semblent sans issue (on pense aux « verrous » pour se rendre à Vizille ou à Lyon). Une attention spécifique sera aussi portée aux villages de montagne et aux zones récréatives de pleine nature avec le défi d’inventer un modèle touristique écoresponsable. Le second point d’alerte concerne les concertations et les partenariats qu’il faut initier et encourager le plus tôt possible avec les territoires voisins. Le projet de RER peut être considéré comme un maillon central du potentiel de rayonnement et d’attractivité du sillon alpin. La réflexion portera bien sûr sur les connexions entre les villes (Valence, Lyon, Chambéry, Annecy, Genève, Turin…) et avec les massifs, mais aussi sur les transits internationaux dans toutes leurs dimensions (tourisme, industrie, commerce, alimentation…).

 

5 // Penser les mobilités au prisme de l’inter territorialité

Notons enfin pour mémoire une piste transversale déjà tracée dans les points d’étape #1 et #2 : toutes ces réflexions sont engagées a minima à la vaste échelle des quatre intercommunalités de la grande région grenobloise. Le temps interconnecté des mobilités panachées concerne tous les habitants et l’implication des quatre conseils de développement apparait ici tout à fait primordial. Il nous faudra aussi profiter de ce réseau pour y associer les collectivités territoriales des deux parcs naturels régionaux (le Vercors et la Chartreuse) et les massifs au Sud (Belledonnes, Matheysine, Trièves).

 

 

D’ici la mi-2024, il nous faut maintenant construire, autour de ces cinq pistes de réflexion, les préconisations qui seront adressées au conseil communautaire de Grenoble Alpes Métropole. Les douze auditions du premier semestre et les quatre rencontres de l’automne 2023 ont permis d’entrevoir un étonnant patchwork de mesures qui vont bien au-delà des habituelles questions sur le défi technique des flux de passagers et sur les cadencements ferroviaires. Plusieurs fois, les thématiques de la douceur et du confort dans les déplacements se sont invitées dans les débats. Incontestablement, le RER de demain appelle une rupture de représentation par rapport au modèle parisien qui a été centré il y a soixante ans sur des critères de densité, d’efficacité et de vitesse. L’horizon désirable implique dorénavant un imaginaire empreint de durabilité, de bien être, de proximité et de sobriété. Aux prouesses techniques pour relier au plus vite les lieux d’habitation et de travail succède la promesse des mobilités douces et panachées, de points à points, du récréatif au travail et dans le respect des espaces naturels. Le projet de RER est porteur d’une immense responsabilité collective sur notre façon de vivre la transition en nous connectant mieux les uns aux autres et en expérimentant ainsi une fierté partagée sur ce grand défi de société.

Le programme du 1er semestre 2024 sera entièrement consacré à la réalisation du rendu final. Nous mettrons à l’étude plusieurs formules potentiellement cumulables (une BD, des podcasts, une pièce de théâtre, un clip vidéo…).

Il est aussi prévu d’organiser, en concertation avec le groupe « Marches sensibles », un voyage d’étude vers avril-mai pour observer l’expérience suisse du Léman Express. On pourra aussi initier quelques ultimes auditions sur des thématiques ciblées en concertation avec les trois autres conseils de développement.

 

Point d'étape réalisé pour le Groupe de Travail par Alain  & Soizic

 À noter sur vos agendas : Les prochaines rencontres du Groupe de Travail sont ouvertes à tous les membres des conseils de développement du grand Grenoble de 17h30 à 19h les jeudis 25 janvier, 8 février, 7 mars et 4 avril 2024.

Toutes les dates, ainsi que le lien visio [ pour celles et ceux qui ne pourraient pas se rendre sur place au siège de la Métropole ] se trouvent ici !

 

 


 

 Point d'étape #2 - Novembre 2023

 

Des gares accueillantes et une plateforme logistique unique

Pour rappel, c’est lors d’un Rendez-Vous Agité du C2D à La Machinerie le 30 mai 2022 que les membres du conseil de développement de Grenoble Alpes Métropole ont décidé de s’intéresser au projet de RER, présent dans le Schéma Directeur dès les années 70 mais toujours au point mort 50 ans plus tard. Nous avons d’abord organisé une Marche Sensible (féroviaire) le 10 novembre 2022 en prenant le train à Grenoble pour rejoindre successivement le Nord (St Egrève) et le Sud (Jarrie). Cette expérience d’immersion, réalisée avec le concours d’une graphiste et d’une podcasteuse, a débouché sur un récit sonore et imagé qui raconte nos impressions et nos étonnements.

Ensuite, de février à juillet 2023, le groupe a rencontré des experts pour documenter et éclairer ce que nous avons nommé le « Réseau Express Rêvé des mobilités de demain ». Ces échanges ont fait l’objet d’un document de synthèse accompagné de textes et de coupures de presse. Comme les débats portaient bien au-delà du seul périmètre politico-administratif de Grenoble Alpes Métropole, nous avons associé aux auditions les trois conseils de développement du Voironnais, du Grésivaudan et de Saint Marcellin Vercors Isère et nous avons rencontré celui du Grand Chambéry.

Décloisonnements, incertitudes, exclusions…

Qu’avions-nous retenu au terme de ces onze rencontres en visios ? D’une part, le constat que les enjeux de décloisonnement et de transversalité étaient omniprésents mais très peu débattus et d’autre part, que le projet RER contenait des risques importants d’exclusion et de rejet pour certaines catégories de la population. Mais le résultat le plus saillant a concerné la cacophonie des paroles et des diagnostics, comme si personne ne semblait en mesure pour l’instant de raconter le projet de RER à partir d’un langage commun et en prenant le problème dans toutes ses dimensions. Selon les générations, les professions, les territoires, et même les saisons, l’impact du RER n’est pas envisagé dans les mêmes termes. Tout le monde éprouve des difficultés à décrire le monde post carbone en détaillant les nouvelles pratiques et en anticipant les fractures, avec un gouffre séparant les hyper-mobiles à un bout de la chaîne (dont le mode de vie sera entièrement organisé et rythmé par des flux physiques et immatériels) et les oubliés et les exclus du système à l’autre bout (ceux qui se retrouvent en extrême difficulté dans ce monde de la vitesse et de l’éco-responsabilité).

C’est sur ce grand écart inquiétant que nous avons décidé d’orienter les travaux de l’automne 2023 en tentant d’imaginer un réseau qui serait résolument agile, altruiste, alternatif et alpin. Au terme des deux premières rencontres consacrées aux thématiques de l’agilité et de l’altruisme (le 25 septembre et le 19 octobre), deux urgences ressortent des débats :

Des gares au diapason

La première urgence concerne le rôle joué par les gares dans le futur réseau express, avec trois chantiers qui nous sont apparus prioritaires. Le plus décisif concerne la mise en place d’une plateforme unique proposant des forfaits mensuels, des horaires planifiés et des combinaisons multi-transports. Le tournant post carbone passe par cette révolution billettique d’intégration complète des services et de simplification des réservations. Le deuxième chantier concerne la cartographie géographique de ce réseau. Devront y figurer non seulement les gares ferroviaires du réseau mais également les gares routières, les parkings relais et toutes les formes complémentaires de transports et de déplacement (bus, tramways, navettes, taxis, covoiturage, autopartage, vélos, trottinettes…). Le troisième chantier enfin concerne la création, dans chacune des gares ferroviaires du territoire, d’un guichet humain d’accueil interservices publics en capacité d'accueillir les voyageurs et de les informer sur toutes les formules existantes.

Ces trois chantiers esquissés à gros traits ne sont pas révolutionnaires mais ils touchent le défi le plus redoutable du projet : regrouper tous les opérateurs de transport sur une même plateforme pour que les usagers disposent d’un seul outil pour envisager leurs déplacements. La prouesse, qui a récemment été expérimentée à Londres, n’est pas seulement logistique ou technique. Elle part de notre conviction que la mise au diapason des mille et une façons de se déplacer sur le territoire est un préalable à toute transformation en profondeur des pratiques de mobilité.

Une expérimentation grandeur nature

La seconde urgence concerne précisément le passage des déplacements subis aux mobilités choisies. Deux questionnements sont revenus en boucle dans les échanges. L’un concerne les publics fragiles ou aux ressources limitées (les moins de vingt ans, les séniors plus, les étudiants, les personnes à mobilité réduite, les familles défavorisées…) qui subissent des inégalités criantes en matière de mobilités. En inventant des dispositifs volontaristes spécifiques pour ces publics, le RER enverra un message fort en termes de solidarité et d’inclusion à l’heure où la société est minée par les fragmentations.

L’autre questionnement concerne les populations hyper-dépendantes à l’automobile. Les témoignages sont unanimes : le problème relève presque de l’addiction et il montre, la plupart du temps, l’incapacité ou l’impossibilité des individus à imaginer d’autres modes de déplacements. Pour relever le défi, les travaux menés sur des expériences de mobilités vertueuses montrent que la prise de conscience passe nécessairement par des émotions positives. Pour entrevoir le potentiel de ces expériences de mobilité, les grands discours et les démonstrations raisonnées ne suffisent pas. Il faut que les alternatives soient ressenties comme valorisantes. Les changements de comportement impliquent que les individus éprouvent, de façon sensible et corporelle, de nouvelles façons de voir les choses. Pour provoquer ce choc, pour ressentir positivement de nouvelles sensations, le groupe fait l’hypothèse qu’il faudrait sans doute mettre en place une expérimentation grandeur nature à l’échelle de la grande région urbaine, sur au moins un mois, où par exemple tous les modes de transports (hormis la voiture individuelle bien sûr) seraient intégralement gratuits.

Le génie des lieux…

En ciblant les urgences sur le rayonnement des gares, la plateforme billettique unique, la solidarité et une grande expérimentation collective, le groupe fait le pari que c’est d’abord par notre façon de nous représenter le RER (son équité, sa variété, son efficacité, sa modernité, son ingéniosité, voire son élégance citoyenne…) que nous parviendrons à susciter un élan d’ampleur sur les nouvelles pratiques de déplacement.

Les deux prochaines séances (de 17h30 à 19h30 à la Métro) donneront l’occasion d’entrer dans les détails de cette dynamique en tentant de lister sans exclusive toutes les innovations et promesses qui pourraient alimenter cette forme de fierté collective autour du RER. La séance du 16 novembre 2023 sera consacrée à un « remue méninge » sur les alternatives à la voiture (et au camion), dans une grande région urbaine réputée depuis un siècle pour la qualité de ses innovations et des expérimentations à portée scientifique, humaniste et sociale. La séance du 7 décembre 2023 planchera sur une autre facette du génie des lieux régional : la dimension alpine du projet, avec le souhait de mettre en valeur le fait que le RER est entouré de montagnes remarquables, qu’il innerve un patrimoine exceptionnel et que dans cette région, la population et les visiteurs entretiennent avec la nature et les sports de plein air une relation particulièrement intense.

Notons, pour conclure par une pointe d’inquiétude, que les débats sur le réseau agile, altruiste, alternatif et alpin ont aussi suscité des interventions sur le « a » de absurde. Si le projet donne parfois le vertige en raison de sa complexité et de la profusion des financements à mobiliser, il donne aussi le tournis quand on fait la liste des obstacles, des blocages et des dysfonctionnements en présence. Les agités du conseil en ont pleinement conscience, et les deux dernières séances seront l'occasion d'affronter ensemble ce défi…


 Point d'étape #1 - Septembre 2023

 

Les objectifs du groupe et la méthode retenue

Lors d’un Rendez-Vous Agité du C2D (réunion remue-méninges de début de mandat à La Machinerie le 30 mai 2022), les membres du conseil de développement de Grenoble Alpes Métropole ont débattu sur les grands enjeux de la Métropole. La thématique des mobilités s’est imposée dans les thématiques de réflexion à privilégier. Pour resserrer le questionnement, nous avons choisi de sortir des placards un projet de RER lancé dès les années 70 et toujours au point mort malgré sa mention dans le dernier Plan de Déplacement Urbain de la Métropole.

Nous avons d’abord lancé les travaux du groupe en organisant une Marche Sensible le 10 novembre 2022 en fin de journée. En partant de la gare de Grenoble, une dizaine de membres du C2D a rejoint en train successivement les deux gares de St Egrève puis de Jarrie, qui relient le territoire vers le Nord et vers le Sud. Cette expérience d’immersion, réalisée avec le concours d’une graphiste et d’une podcasteuse, a débouché sur un récit avec des sons et des croquis où sont racontés nos impressions et nos étonnements.

Voir en ligne la restitution de la Marche Sensible RER

Courant décembre 2022, le Président de la République a créé la surprise en annonçant le lancement d’un important programme gouvernemental de financement visant à accélérer la création de RER dans les grandes métropoles, dont celle de la région grenobloise. Le groupe a alors décidé de rencontrer des experts pour documenter et éclairer toutes les questions en suspens dans la mise à l’agenda politique du RER. Nous avons réalisé de février à juillet 2023 une série de 11 auditions en visio le jeudi de 12h30 à 13h30 sur le mode de la discussion à bâtons rompus dont vous pouvez retrouver ici une synthèse. Nous avons aussi collecté et mis sur le site des textes sur le RER ainsi que les coupures de presse, nombreuses, qui ont été publiées sur ce sujet dans le quotidien Le Dauphiné Libéré.

Dès le départ, nous avons volontairement élargi les réflexions sur le projet de RER en questionnant de nombreux experts sur le « Réseau Express Rêvé des mobilités de demain ». Avec ce titre, nous faisons l’hypothèse que les défis techniques et financiers considérables du dossier ne seront relevés que s’ils s’accompagnent d’une réflexion prospective plus large sur les bouleversements des imaginaires en présence.

La mobilité est un processus complexe au cœur de la vie des personnes qui vivent, traversent ou visitent la grande région urbaine, et cela bien au-delà du seul périmètre politico-administratif de Grenoble Alpes Métropole. C’est la raison pour laquelle nous avons associé aux auditions les trois conseils de développement voisins (Voironnais, Grésivaudan et Saint Marcellin Vercors Isère), C2D avec lesquels nous travaillons dans le cadre du réseau GREG, ainsi que le Conseil de Développement du Grand Chambéry.

La présente note propose une brève synthèse des premiers résultats qui soulignent l’omniprésence des enjeux de décloisonnement et de transversalité, l’incertitude sur les nouvelles formes de mobilité en formation ainsi que les risques d’exclusion et de rejets touchant une part importante de la population. Nous pointerons en guise d’ouverture exploratoire quatre promesses qui pourraient structurer le travail de rédaction d'un récit (sous une forme écrite, dessinée et audiovisuelle à inventer) que nous allons mener collectivement à l’automne 2023. Enfin, vous trouverez, à la fin de cette page, trois annexes qui résument respectivement les points saillants des 11 auditions, les thématiques qui ont fait les gros titres dans la presse régionale et des éléments bibliographiques.

Des diagnostics spécialisés

Un premier sentiment ressort d’une manière majeure des 11 auditions, quel que soit l’angle de lecture adopté : tous les experts rencontrés soulignent que le projet de RER métropolitain soulève des questionnements sur les mobilités qui sont compliqués à embrasser dans leur totalité. A gros traits, on peut distinguer trois façons d’entrer dans les débats : par la technique, par les usagers et par les territoires. Les sujets sont dépendants bien sûr mais les diagnostics sont souvent argumentés séparément. Le point de vue des spécialistes des déplacements nous informe sur les gares, le matériel roulant, les cars, les deux roues, le câble, l’intermodalité, le bilan carbone, les flux de passagers et de marchandise, ce qui est possible à court terme ou à long terme, la gouvernance publique… Le point de vue usager parle domicile-travail, accès aux équipements culturels, accès à la montagne, coûts de déplacements, qualité des services, liberté de déplacement, démocratie participative… Le point de vue territorial enfin évoque des défis situés sur les bouchons automobiles, les lieux de centralité, les services de proximité, les tensions centre-périphérie, la ruralité, les compétences des collectivités locales… La grande région urbaine regorge d’atouts et de ressources pour que le projet de RER soit l’occasion de penser les mobilités de demain de façon dynamique et innovante mais il apparaît clairement que personne ne parvient pour l’instant à raconter le projet de RER dans toutes ses dimensions et à partir d’un langage commun. Nous faisons ici l’hypothèse que les conseils de développement sont idéalement placés pour agencer et réconcilier les points de vue en mettant des mots partagés sur les défis et les tensions en présence.

Une inconnue et un point d’alerte

La seconde impression qui ressort des témoignages, des articles et des rapports concerne le flottement éprouvé par les experts à imaginer précisément le monde post carbone de demain. Sur quels nouveaux comportements et avec quelles tendances dominantes les habitants vont-ils vivre quand la voiture individuelle ne sera plus l’outil principal de leur mobilité ? Qui seront les gagnants et les perdants du RER, avec quelles fractures, dans quels replis et sur quels enthousiasmes collectifs ? Là aussi, les auditions ouvrent les débats de façon segmentée et disparate. Selon les générations, les professions, les territoires, et même les saisons, l’impact du RER sera différencié. Des constats font cependant consensus aux deux bouts de la chaîne. Il y aura à un bout de la chaîne les hyper-mobiles dont le mode de vie sera entièrement organisé et rythmé par des flux physiques (mais aussi immatériels) de durabilité et de sobriété. A l’autre bout, on trouvera les oubliés et les exclus du système, ceux qui ne seront pas parvenus à se connecter et se mouvoir dans ce monde de la vitesse et de l’éco-responsabilité. Peu de travaux existent à ce jour sur les nouveaux usages des premiers (le télétravail, l’électrique, les deux roues, le covoiturage, le collaboratif…) et on se demande rarement comment le projet de RER pourrait s’orienter pour être à l’écoute des problèmes rencontrés par les seconds. Ces questions en suspens pointent donc une inconnue et une alerte que les quatre conseils de développement pourraient avantageusement éclairer.

Un RER agile, altruiste, alternatif et alpin ?

Pour parvenir à cet éclairage et pour mettre en récit le réseau express rêvé des mobilités de demain, nos débats de l’automne doivent parvenir à énoncer des promesses, débattues collectivement, qui concernent les habitants aux quatre coins du grand territoire des 4 conseils de développement et même au-delà (les massifs du Vercors, de la Chartreuse et des Belledonnes, les connexions avec le Nord Isère, Lyon, Chambéry, la Suisse, l’Italie…). Sur quelles valeurs et avec quels atouts le projet de RER peut-il favoriser une dynamique qui provoque la fierté des personnes qui habitent la région grenobloise et qui suscite aussi l’admiration des visiteurs qui la traversent ? A titre purement exploratoire, on s’inspirera volontiers du portrait de territoire récemment réalisé par Sophie de Paillette pour pointer quatre pistes sur ces atouts à promouvoir.

1- Le RER doit d’abord faire preuve d’agilité en créant des liens, des reconnections et des réconciliations entre les territoires et entre les modes de déplacement.

2- Il doit aussi revendiquer son altruisme, c’est-à-dire sa capacité à afficher sa solidarité et à inventer des complémentarités avec les territoires fragiles et éloignés.

3- Il doit encore être alternatif, c’est-à-dire s’inscrire dans la tradition des innovations et des expérimentations à portée scientifique, humaniste et sociale qui ont caractérisé le développement de la région urbaine depuis un siècle.

4- Enfin il doit être résolument alpin, c’est-à-dire en phase avec un génie des lieux marqué par l’imaginaire de ses sommets exceptionnels, de son patrimoine et son rapport intense à la nature et aux sports de plein air.

 

Nos débats de l’automne pourraient être l’occasion d’un exercice très concret de propositions et d’expérimentations qui orientent le projet sur ces quatre spécificités.

 Les échanges avec les experts montrent que le RER implique la création de services multiples et variés.

A nous de lister les initiatives, les expérimentations et les réussites observées sur d’autres territoires pour faire le récit concret de ce réseau express rêvé des mobilités de demain !

 


 

 

 

 Ecouter le podcast Marche Sensible Opus 2 : A l'assaut du RER Métropolitain

 

Synthèse des auditions réalisées

 Revue de presse autour des mobilités et du RER

 Documents et ressources utiles 

 

 

 Vous souhaitez rejoindre ce groupe de travail ?

Il se réunira 4 fois d'ici fin décembre 2023 autour des 4 axes identifiés en faveur d'un RER :

AGILE - ALTRUISTE -  ALTERNATIF - ALPIN

Toutes les dates sont ici !